jeudi 7 octobre 2010

Akademikerhilfe, ein wunderbares Ort

J'ai décidé de vous présenter un peu l'endroit où je vis, parce que je dois dire que je n'ai pas encore beaucoup vu Innsbruck, à part un peu le centre... En tous cas je n'ai pas pris le temps de faire beaucoup de tourisme jusqu'ici (je vais y remédier hein, mais chaque chose en son temps)! Commençons par ma chambre. Un lieu un peu miteux, que j'ai tenté d'améliorer comme j'ai pu:
Le rideau au fond est si... particulier, n'est-ce pas. Mais il est épais et comme ils n'ont pas de volets ici, je n'ai pas trop le choix si je veux m'isoler de la lumière de la ville, la nuit. Ah, et puis j'ai la télé (en couleurs, s'il vous plaît... C'était pas gagné vu la tronche de la machine)! Je ne la regarde pas beaucoup d'ailleurs mais ça m'arrive de l'allumer, histoire d'habituer mes oreilles à l'allemand.


 Une porte recouverte de polystyrène dans mon mur qui ne sert à rien.

 Un journal suisse, parce que j'aime bien l'écriture gothique du titre et pour faire genre que je lis les journaux en allemand; avec de chaque côté des coussins Ikea et dessous, du lin Ikea (j'ai voulu camoufler au moins la banquette, qui était dans les mêmes tons que le rideau).

 Ce que je vois depuis ma fenêtre.

Ce qu'on peut voir par la fenêtre du couloir du 5e étage.

Voilà, à part que j'ai déjà dû virer une blatte qui squattait mon mur, que la moquette a été crâmée au fer à repasser et que les couleurs sont décidément moches, ça va... Je n'ai pas montré la salle de bains mais les sanitaires ont l'air plus récents que le reste. Franchement, je ne me plains pas trop: la résidence est majoritairement peuplée d'Erasmus et on fait des rencontres tous les jours; et puis les montagnes sont vraiment belles, même si les immeubles devant pourrissent un peu la vue.Je vais encore mettre des photos sur mes murs, peut-être un poster pour que ce soit moins... blanc, et ça devrait aller! Sinon j'ai 25mn en bus pour aller à la fac, mais il y a approximativement un bus toutes les 5mn. Prochaine série de photos: la résidence en question, et le quartier en général!

mardi 5 octobre 2010

Erste Schwerigkeiten

Grußgott! Voilà, je suis toujours aussi enthousiaste, mais comme l'indique le titre, je rencontre des difficultés quelque peu compromettantes, en ce moment... A savoir que je n'ai pas d'argent. Du tout! Je m'explique: non, je ne suis pas partie les poches (ni le compte en banque) vides; simplement, je ne le savais pas mais mon compte en banque a une sorte de plafond qui m'empêche de retirer plus de 150 euro en une semaine; si je l'atteins, je dois attendre une semaine complète avant de pouvoir à nouveau retirer de l'argent. Sachant que j'ai versé une caution de 70euro à Akademikerhilfe pour les clés (oui je sais, ya pas intérêt à les perdre) et que j'ai dépensé la même somme chez Ikea pour acheter le matériel de base, plus une ou deux soirées... Voilà, il ne me reste que quelques centimes dans mon porte-monnaie; en plus je n'ai rien à manger (ai fini mes pains au lait ce matin) enfin ich bin in der Scheiße, quoi. Bon, tout n'est pas perdu bien sûr; si je vous explique tout ça si posément c'est que je ne suis pas encore trop désespérée: j'ai ouvert un compte en Autriche et mes parents se sont débrouillés pour me faire parvenir du liquide aujourd'hui même, le temps que l'argent arrive sur mon compte actuel.

 Question: comment manger avec 56c?

Quelques conseils: si vous partez comme ça à l'étranger plusieurs mois, ouvrez un compte dans votre pays d'accueil le plus vite possible (c'est gratuit pour les étudiants); ça taxe abominablement, de faire venir de l'argent d'un autre pays. Et pour ne rien payer en transférant l'argent d'un compte à l'autre, utilisez Paypal! Si votre destination est plus précisément l'Autriche, sachez également que les magasins n'acceptent quasiment que les cartes Maestro; et encore, pas toujours. Les Autrichiens ont toujours du cash par devers eux; je crois même que la boulangère ne tiquerait pas si on lui demandait la monnaie sur un billet de 50 euro. C'est à vérifier!

Enfin, tout ça pour dire que c'est assez marrant des fois, la vie d'Erasmus... J'ai couru toute la journée hier: le matin je suis allée à l'université pour m'inscrire; à la mairie pour déclarer que j'habite ici; à la banque pour ouvrir un compte; puis de nouveau à l'université parce que j'avais un cours; j'ai rencontré Magdalena pour parler de mes problèmes, et pour finir, il y avait l'Eramsus Welcome à 17h.  Et Hannah, une Erasmus allemande avec qui j'ai sympathisé et qui m'a accompagnée dans cette journée de folie, n'a, elle, pas le droit de s'inscrire aux cours!...

Edit du 5.10 à 11:19: Ca y est je suis sortie d'affaire^^ Je vous avais bien dit de ne pas vous inquiéter!

Edit du 7.10: En fait j'ai dit des bêtises: ça ne coûte rien de retirer de l'argent d'un distributeur autrichien avec une carte de crédit française. 

samedi 2 octobre 2010

Mes premiers pas en Autriche

Depuis que je suis ici, je n'ai pas eu le temps de m'ennuyer. Magdalena est venue me chercher à la gare comme prévu, accompagnée de Fly, sa chienne, un labrador. Du fait qu'elle ait un chien chez elle, j'avais imaginé que j'atterrirais chez ses parents; mais en fait pas du tout: elle vit avec Fly dans son propre appart à Innsbruck. Nous avons traversé la ville en bus, et Magdalena m'a expliqué que nous habitions aux deux extrémités de la ville. Arrivées chez elle, je me suis débarrassée de mon sac à dos avec un soulagement indescriptible. Idem pour la douche. Mon hôtesse s'est occupée du dîner, j'étais un peu embarrassée de ne rien faire, et en même temps tellement contente de ne pas être toute seule à cette heure tardive, lâchée dans une ville que je ne connais pas... C'est à ce moment que j'ai vraiment réalisé la situation; j'étais dans un pays dont je ne maîtrisais pas bien la langue et ne connaissais la culture qu'à travers quelques pages d'un livre, et si loin de mes proches. Avant de partir tout paraissait si facile, mais là j'ai eu un peu le vertige. Heureusement Magdalena était là, et nous avons passé une bonne soirée, bien qu'un peu fatiguées toutes les deux. Elle m'a expliqué beaucoup de choses concernant le fonctionnement des bus, de l'université; elle a entouré des points sur la carte correspondant à la mairie, à des supermarchés... Etc. Le lendemain, nous sommes allées à la cité U – ou plutôt « Studentenheim », ici – en voiture, ce qui était bien pratique avec mes bagages, et j'ai pu avoir les clés de ma chambre (moyennant une caution de 70 euro, quand même). Une fois que les points importants furent réglés, Magdalena m'a souhaité « Alles Gute » et est retournée à ses occupations, me laissant à ma nouvelle vie.

Je ne savais pas trop par où commencer, alors j'ai fait mon lit. Ah oui; ils ne fournissent pas les oreillers ni les couvertures, ici: quand on arrive il y a un matelas et point barre. Encore des choses qui vont s'ajouter à la liste de courses... Sans compter que le drap housse que j'avais emporté était trop petit, enfin bref; tout ça pour dire qu'il faut savoir faire face aux imprévus, quand on part en Erasmus! Ensuite j'ai vadrouillé un peu dans le couloir de mon étage, histoire de repérer la cuisine, ce genre de choses. Je suis tombée sur trois Erasmus, toutes de l'université de Cardiff. Nous avons fait connaissance et comme deux d'entre elles avaient des choses à faire en ville, elles m'ont proposé de les accompagner; ce que je me suis empressée d'accepter. Nous avons récupéré au passage un autre British au troisième, et nous sommes partis tous les cinq. Nous y avons passé toute l'après-midi, même si au final je n'ai pas pu acheter grand-chose de ce qui se trouvait sur ma liste de courses(!) Dans l'après-midi se sont également joints à nous un Français et un Hongrois. Quand nous sommes rentrés nous nous sommes donné rendez-vous à 19h, ayant prévu de passer la soirée ensemble, ce qui m'arrangeait doublement: d'une, j'étais heureuse d'avoir fait des rencontres si vite; et de deux, je n'avais rien à manger dans ma chambre. Nana, Jack et moi avons donc rejoint Anita et une autre Erasmus: Heather, de Londres. Nous avons mangé des spécialités tyroliennes, c'était vraiment sympa. Je ne comprenais pas tout ce qui se disait, tellement ils parlaient vite – en anglais, entre Anglais – mais ça l'a fait quand même. Vers la fin du repas, nous avons eu la bonne surprise d'assister – c'était dans la salle d'à côté mais on entendait très bien, et on voyait un peu à travers la vitre – à des danses et des chants tyroliens. Nous avons eu la totale: Jodel, Alpenhorn, costumes traditionnels... Et tenez-vous bien: nous avons vu un homme jouer de la scie avec un archet de violon. C'aurait été dans la rue, que ça m'aurait sans doute fait moins d'effet... Mais de voir là, dans la capitale du Tyrol, un bûcheron jouer de la scie (et avec brio, en plus): je n'en pouvais plus de rire. Entre autres choses étonnantes (ils sont fous ces Tyroliens): une Tyrolienne qui faisait de la musique avec des cloches que portent d'habitude les vaches dans les montagnes, deux femmes qui yodlaient en duo... Mais ça forçait aussi vraiment l'admiration de se dire que leur musique s'est formée à partir de leur vie quotidienne, et qu'ils l'ont si bien préservée.

De gauche à droite: Anita, Nana, Jack, Heather et moi


Notre vue sur le spectacle. Ici, des danseurs tyroliens

Après cet épisode mémorable, nous sommes allés à l'auberge de jeunesse où loge Anita pour récupérer du monde, puis nous sommes retournés tous ensemble à Akademikerhilfe (ma résidence, pour ceux qui n'ont pas suivi). Au rez-de-chaussée, il y a un genre de foyer où l'on peut jouer du tennis de table, regarder la télé... Nous nous sommes posés sur les canapés, sommes allés quérir des boissons au Kebab voisin. La soirée était plutôt animée; certains voulaient sortir mais il commençait à être un peu tard, surtout que ne connaissant pas la ville nous ne savions pas où aller. Je me suis éclipsée un peu avant minuit, la fatigue du voyage de la veille se faisant ressentir; et me voici ce midi à vous relater mes premiers pas en Autriche, après avoir fini de vider mes sacs. On doit aller à Ikea avec Nana (qui est ma voisine d'en face), et il faut aussi que je fasse des courses alimentaires.
Ah, et j'ai mon numéro de chambre maintenant (si vous voulez m'écrire): 517. Voici donc mon adresse complète:

„Studentenheim AKADEMIKERHILFE,
Zimmer N°517
Schützenstr. 43
6020 Innsbruck
AUTRICHE/ÖSTERREICH“

D´ailleurs ça me fait penser qu´il faut que je repère ma boite aux lettres.

vendredi 1 octobre 2010

Le départ

29.09.2010
14h10
Départ de la gare de Rennes sous un ciel gris, je dis au revoir à maman à travers la fenêtre. Le trajet St Méen-Rennes s'est bien passé, à part quelques poisses pour pimenter un peu l'atmosphère; un convoi exceptionnel trimballant un mobilhome devant nous, tous les feux rouges de Rennes et un conducteur d'engin de travaux publics un peu con. Mais rien de bien grave. A la maison, les adieux étaient plutôt gais, à la Bonniord; mes soeurs chantant une chanson – sensée être plutôt triste – en rigolant, et papa faisant sa plus ignoble grimace à travers l'oeil de boeuf. C'est aussi la Bretagne que je quitte pour plusieurs mois, et je regrette un peu de ne pas avoir eu le temps d'aller à la mer. Les églises de granit défilent, coiffées de leurs clochers miroitant un ciel clair; les nuages lumineux donnent au paysage un aspect dramatique, et moi dans mon wagon rempli d'air conditionné je me dis que je ne respirerai plus l'air breton avant le mois de février.





14h45
La lumière est décidément belle; le vert des arbres et des prés est tellement intense et vivant, sous cette voûte de coton. La végétation semble se tendre vers la promesse de l'eau et de la vie, quand la ville est froide, grise et nue.

14h51
« Mesdames et messieurs, notre train va s'arrêter en pleine voie. Pour votre sécurité, veuillez ne pas tenter d'ouvrir les portes ». Ca commence bien... Je sens que ce voyage va regorger d'imprévus. J'ai intérêt à me tenir prête à leur faire face, moi.

15h34
Deuxième arrêt intempestif, mais bref. Le ciel est de plus en plus dégagé et le soleil se montre.. J'ai presque trop chaud. J'ai le cerveau un peu embrumé, malgré l'heure déjà bien avancée.


30.09.2010
06h51
Il faut absolument que je relate quelque part la soirée que j'ai passée avec Marcelle. J'ai été bien reçue par ma grande-tante à la gare Montparnasse, qui m'a soulagée d'une valise avant de m'embarquer dans l'enfer du métro parisien, que nous avons évidemment pris à l'heure de pointe – enfin j'exagère un peu, c'était bien sûr bondé mais c'était surtout le volume de mes bagages qui était difficile à gérer. Après m'avoir montré les photos de son voyage en Argentine en mars dernier, ma tante m'a emmenée au resto situé juste en bas de son immeuble: « Sushi », un établissement jap' comme on peut s'en douter. La salle était nickel, le personnel sympa (si l'on exclut le fait que le serveur avait une fâcheuse tendance à essayer de me convaincre que je devrais me faire Parisienne parce que quand même, c'est génial Paris... Non mais, tu sais à qui tu parles?!); bref globalement, tout se passait très bien, les plats étaient servis rapidement et tout était bon. Jusqu'au moment où ma tante, qui est diabétique, réalise qu'elle a oublié de prendre sa glycémie. Flûte. Heureusement, la porte de l'immeuble est voisine de celle du restaurant et elle n'habite qu'au deuxième étage. Oui mais... « Oh non!... Me dis pas que j'ai claqué la porte en laissant mes clés à l'intérieur! ». Aaaah. Voilà qui est compromettant, dis-moi. Donc la voilà qui commence à baratiner sur sa probable hypoglycémie, qui explique son manque de vigilance, et puis ayant tâté sa poche et senti son porte-monnaie, elle a cru qu'elle avait pris ses clés. Si on résume la situation, je suis à ce moment seule à Paris, enfermée dehors avec une grande-tante en hypoglycémie sur les bras. Un peu deux de tens', un peu fatiguée, je reste pourtant plus ou moins zen; j'analyse la situation en me demandant comment on va bien pouvoir faire. Heureusement, l'urgence de la situation et le repas que l'on a commencé rendent Marcelle consciente de la situation, même si elle met du temps à réagir. Son cher et tendre a bien un double des clés, mais il est chez son amie (je pense qu'il fallait comprendre « son amie officielle ») et comme il est déjà âgé, elle a peur qu'il ait une crise cardiaque si elle l'appelle là-bas et que Romilda se doute de quelque chose. Bon. Et ben on n'est pas sorties de l'auberge, c'est le moment où jamais de le dire. Marcelle expose la situation au serveur, il est d'accord pour dire que c'est fort gênant, demande s'il n'y a pas une fenêtre d'ouverte, car ils ont une échelle et elle n'est qu'au deuxième. Bien sûr que non, elle ferme toujours ses fenêtres. Et le coup de la radio alors? Quand la porte est simplement claquée et non fermée à double tour, on arrive souvent à l'ouvrir en faisant passer dans la fente ce film tout bête, qui peut représenter au choix vos poumons, vos dents ou encore votre tibia. Ah, et bien je vais demander à Anne-Marie, la voisine, si elle a ça. Elle sort du restaurant. Je tente au hasard de proposer mon casse-tête chinois à résoudre à mon ingénieu(r)x de Guillaume: « que faire lorsque votre grande-tante a claqué sa porte en laissant les clés à l'intérieur, qu'elle a oublié de prendre sa glycémie et que vos valises pour votre voyage du lendemain matin sont bien entendu à l'intérieur? », lui textotai-je. Il me rappelle aussitôt; il est encore au labo et il va regarder sur Internet s'il trouve des serruriers ouverts 24/24 dans le 19ème arrondissement. Ah, enfin quelque chose de constructif... Je vois alors Marcelle qui descend. A-t-elle trouvé une radio? « On ne peut pas, la porte est renforcée contre ce genre de technique; j'ai profité d'être chez Anne-Marie pour appeler un serrurier... 110 euro, mais bon, c'est toujours mieux que de se casser une jambe! ». Certes. C'est vrai que ça fait mal, pour un oubli tout con. Le serveur, qui est du même avis, se récrie: « C'est de l'arnaque! Essayez quand même avec la radio... Si vous y arrivez, vous paierez simplement le déplacement au serrurier ». Pourquoi pas après tout? Ca vaut la peine d'essayer. Elle remonte. J'ai fini mon riz et me commande un thé vert. Je ne sais plus trop si ma tante a trouvé la radio mais toujours est-il qu'elle est redescendue bredouille. Nous allons donc attendre le serrurier; il a dit qu'il en avait pour trois quarts d'heure. Je propose du thé à ma tante, elle acceppte et nous fait apporter un digestif: saké et petites friandises au sésame. On demande au serveur de nous prendre en photo, histoire d'immortaliser cette mémorable soirée. Puis elle insiste pour m'offrir le repas: « Non non regarde, j'ai de l'argent ». C'est gentil. S'ensuit une petite litanie: « J'étais en hypo, sinon jamais... Anne Marie l'a bien dit, depuis quinze ans que je suis ici, jamais ça ne m'était arrivé!... J'avais mis mon portefeuille dans ma poche, c'est pour ça j'ai cru... Si j'avais pris ma veste... Ah ça m'a coupé l'appétit... Mais qu'est-ce qu'il fout ce bonhomme? », tout ceci à peu près en boucle jusqu'à l'arrivée du serrurier. Il arrive enfin, et nous prenons congé des Japonais. On monte, et le serrurier se met à l'oeuvre avec sa radio. Au bout de 10 minutes, ma tante qui est très gentille mais qui peut aussi s'avérer assez pénible, commence à descendre le serrurier: « Mais c'est tout ce que vous avez comme matériel? C'est un peu léger quand même ». La voisine d'en face, madame Walther, s'y met aussi « Mais enfin c'est tout ce qu'il a? », alors la tante renchérit « Oui, comme dit madame Walther, vous n'êtes quand même pas très équipé ». Le serrurier commence à s'énerver: « Moi j'ai des perceuses, j'ai tout ce qu'il faut pour casser les serrures, mais pour ouvrir une porte simplement claquée comme la vôtre il n'y a pas trente-six solutions, un autre serrurier fera exactement pareil! Moi je fais tout pour ne pas avoir à casser votre serrure madame! ». La tante demande combien il lui en coûterait de faire casser et remplacer sa serrure: environ mille euro. Elle panique un peu là je crois, le ton monte, elle est vraiment casse-pieds et il finit par descendre en nous lançant: « Si vous n'êtes pas contente madame, moi je m'en vais, débrouillez-vous et appelez un autre serrurier! ». Là en ce qui me concerne, le moral a commencé à vraiment flancher. Si la tante envoie se faire cuire un oeuf les quelques serruriers qui sont ouverts la nuit, on est très mal. Anne-Marie doit penser la même chose, et à deux nous parvenons à raisonner Marcelle: elle n'a pas pris sa glycémie, il n'y a pas le choix et puis je n'ai pas du tout envie de rater mon train demain matin. Au moment où elle commence à descendre pour voir si elle ne peut pas le rattrapper, le voilà qui remonte. Halléluja! Je respire. Il était parti chercher sa malette d'outils. Il passe alors aux choses sérieuses et commence à percer la porte. Là encore, la tante est insupportable: elle est penchée par-dessus son épaule à regarder ce qu'il fait, émet des commentaires énervants. Lui explique qu'il ne veut pas casser sa serrure, juste actionner la tirette à travers la porte. Après une bonne dose d'efforts et d'énervement plus ou moins contenu pour le serrurier, de commentaires du voisinage qui observe avec des yeux ronds et de prières muettes en ce qui me concerne, la porte s'ouvre enfin. Hip hip hip, hourra pour le serrurier! Nous rentrons, je m'arrange pour lui glisser au passage qu'il a du mérite, vu le degré de pénibilité de la tante. Il me fait un clin d'oeil. Marcelle marchande le prix, en payant cash elle s'en tire pour 80euro. Lui rebouche le trou, et tout rentre à peu près dans l'ordre; il est environ 22heures et nous nous couchons presque aussitôt. Nous avons programmé deux réveils pour 5h30, plus mon portable. Je crois qu'il était temps que cette journée se termine!

08h33
Bizarrement, je n'ai eu aucun mal à me lever. Le temps de prendre une douche et de manger une tartine, de boire un bol de thé et de vérifier que je n'avais rien oublié, et nous étions dans le métro. La ligne était directe, nous en avions pour quatre arrêts tout au plus. Nous étions au moins une demie-heure en avance, mais j'avais eu mon compte d'émotions la veille et j'avais insisté pour prévoir large. Je quitte Paris alors qu'il fait encore nuit, et je fais route vers l'est à travers une campagne qui se réveille, embrumée d'automne et de sommeil. Moi je suis bien réveillée, et je me dis que finalement j'aime bien prendre le train; en voyant le paysage progresser, j'ai vraiment le sentiment de vivre mon voyage vers l'Autriche, plutôt que de passer d'un monde à l'autre brutalement, en passant simplement la porte d'un aéroport. J'écoute Les quatre saisons de Vivaldi, je savoure l'instant.

Environ 10h
A Strasbourg, j'ai profité de la longueur de la correspondance (plus d'une heure et demie) pour aller faire un tour dans la ville. En allant tout droit depuis la gare (rue du maire Kuss je crois) je me suis retrouvée sur le quai St Jean, qui m'a offert une jolie vue sur des maisons colorées, une église, le fleuve, avec des trams circulant tranquillement au milieu de tout ceci. Je n'en demandais pas plus; j'ai flâné un tout petit peu pour m'imprégner de l'atmosphère, puis je suis retournée à la gare (qui est d'un genre particulier il faut le dire; imaginez une espèce de shère de métal et de verre aplatie sur une gare traditionnelle.. Si vous ne voulez pas imaginer, voici deux photos de l'endroit en question).



Le quai St Jean:


11h58
Je suis à Bâle; j'entre dans la sphère germanophone et ça s'entend!

13h47
Je suis à Zurich! Je me suis offert un Schweinschnitzelbrot; de la viande de porc panée entre deux tranches de vrai pain complet tout chaud. Ca me paraissait a priori assez bourratif, mais en fait j'ai trouvé ça vraiment très bon et je n'ai pas eu de mal à le finir. Je ne peux pas dire combien ça m'a coûté exactement; j'ai tendu un billet de dix euro et la vendeuse m'a rendu quatre francs suisses... Je pensais les garder pour le retour, au cas où, mais finalement j'ai acheté un journal suisse (trois francs), j'avais envie de voir de quoi ça avait l'air. J'ai hésité à acheter du chocolat mais bon, c'étaient de bêtes tablettes Lindt comme on en trouve chez nous, mis à part que c'était écrit en allemand... Ca n'avait pas grand intérêt et je m'étais déjà fait plaisir avec mon Schnitzel.



14h35
Je suis dans le train, et le bon!!! J'ai un peu galéré dans cette gare, le système suisse est différent de nos habituelles gares SNCF. Ce qui m'a le plus posé problème, c'est que sur les billets c'était écrit « à composter avant l'accès au train », or je n'ai trouvé aucune machine ayant l'air d'être faite pour remplir cette fonction. Il aurait fallu que j'aille au point « Information », mais j'étais dans le train et ça faisait loin, surtout avec un sac comme le mien sur le dos. La gare est immense! J'ai questionné quelques personnes, et une vieille dame affable m'a dit que c'était « richtig ». Il est 14h41 et le train s'ébranle – au moins suis-je partie pour ma destination. Innsbruck, me voici!


14h58
« Grussgott! Ihre Fahrscheinen please! » (Où quelque chose comme ça). Un contrôleur autrichien... Je suis sûr la bonne voie! Ouf, il n'a pas l'air de penser que mon billet aurait dû être composté. Le train longe un immense lac depuis tout à l'heure, je ne sais pas si c'est le Leman mais c'est magnifique, avec les montagnes qui disparaissent dans la brume, sur l'autre rive.

15h18
Je vois de la neige sur les cimes des montagnes! Ca grimpe...

15h54
Buchs: j'arrive à la frontière de l'Autriche!

16h46
Le paysage est de plus en plus beau tandis que le train serpente entre les montagnes. Je vois des ruisseaux tomber en cascades des rocs escarpés où parviennent à s'aggripper sapins et feuillus – je ne sais pas à quelle altitude nous sommes à présent. Les chalets en bois sont dignes de figurer sur une carte postale. J'ai échangé quelques mots avec ma voisine, Paula, qui habite près de Vienne et va voir son fils à Salzburg. Elle vient de m'offrir du chocolat suisse portant la marque « Amicelli »!

17h
Après avoir longé des ravins, nous voici sous la montagne... On ne voit rien, mais c'est impressionnant d'imaginer la masse de cailloux qui se trouve au-dessus de nos têtes. Paula m'a dit qu'il faisait 9-10°C ici en ce moment. J'ai l'impression d'avoir manqué une saison!

17h41
Paula me confirme que c'est bien l'Inn que nous longeons depuis tout à l'heure. Il nous guidera sans doute jusqu'à Innsbruck, à présent. Je m'en mets déjà plein la vue; je suis tellement contente d'avoir emmené mon Reflex! Je suis partie dans la brume et j'arriverai dans la brume. L'idée me plaît bien, j'ai l'impression d'avoir flotté sur un nuage, entre les deux. J'ai le sentiment d'avoir rêvé mon voyage du début à la fin.